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épisode 42

Boucs émissaires

France et Japon… 1347 et 1923

publié le 20 juillet 2019

compléments

Japon + Corée

Les rapports entre coréens et japonais sont complexes et chargés d’une longue histoire.
D’abord alliée militaire, la Corée devient un protectorat japonais en 1905 et subit une occupation très dure. Une main d’œuvre coréenne a émigré au Japon, parfois forcée par une industrie japonaise très demandeuse. En 1923, on estime qu’il y avait 130 000 coréens dans l’archipel japonais, 30 000 dans la région du tremblement de terre.
À l’heure actuelle, il y aurait 600 000 coréens au Japon qui compte 126 millions d’habitants. L’extrème droite japonaise manifeste périodiquement contre la présence des Coréens mais il y a aussi un sentiment anti-Japonais très fort en Corée, une relation complexe qui se rapproche de celle des Français avec les Algériens ou des Allemands avec les Turcs.

Bouc émissaire et tête de turc

L’expression bouc émissaire (scapegoat en anglais) est d’origine religieuse. Les hébreux expiaient leurs péchés en les chargeant symboliquement sur un animal, un bouc, par la prière d’un prètre. L’animal était ensuite envoyé dans le désert afin d’y disparaître avec la culpabitlité collective.
L’expression tête de turc est plus récente, elle cite une attraction foraine populaire au XIXe siècle : un dynamomètre de foire qui permettait de tester sa force en tapant avec un maillet sur une tête surmontée d’un turban, elle même dérivée de l’expression plus ancienne de fort comme un turc.
La tête de turc désigne donc plutot un individu ou un groupe sur lequel un autre groupe ou individu se défoule par l’usage de la force, alors que la violence faite au bouc émissaire est chargée d’un pouvoir symbolique de réconciliation.
Difficile de ne pas voir la mécanique du bouc émissaire à l’œuvre dans les rumeurs de trafic d’enfants par des roms qui circulent épisodiquement. Mais toute communauté, jeunes, homosexuels, migrants, etc. peut catalyser ainsi la colère d’un groupe.

Antisémitisme

Avant la peste noire, les juifs étaient accusés de diffuser la lèpre. Après ils seront accusés de sorcellerie, de trahisons ou de complots à différents moments de l’histoire. Souvenons nous des inombrables Pogroms, du parti antisémite d’Edouard Drumont, de l’affaire Dreyfus ou de l’extermination des juifs d’Europe par le régime nazi, sans parler des actes antisémites auxquels on assiste encore maintenant. On peut chercher des causes de cette animosité envers les juifs : considérés par beaucoup comme archaïques, déicides pour les chrétiens, historiquement associés à la charge d’usurier et de banquier donc riches et avares, communautaristes… nombreux sont ceux qui se sont penchés sur la question mais il est plus raisonnable de considérer l’antisémitisme comme une haine illogique, dénuée de sens et pourtant tenace.

Tondues

Entre le débarquement allié de juin 1944 et la fin 1945, on estime qu’entre 20 000 et 40 000 femmes ont été tondues en France. Souvent publique, la tonte était parfois accompagnée d’insultes de la foule, de crachats voir de violences physiques. Accusées à tort ou à raison d’avoir été au service de l’occupant ou de ce qu’on appelait la collaboration «horizontale», sous-entendu avoir eu des relations sexuelles avec un militaire allemand, ces femmes étaient publiquement humiliées, privées de leur chevelure, symbole de féminité à l’époque probablement plus que maintenant. Ces femmes ont catalysé les frustrations d’une population majoritairement neutre, parfois sympathisante avec la résistance, souvent collaborationniste si on se rappelle que moins de 5% de la population française a participé activement à la resistance interieure. Un cas typique de bouc émissaire sur un groupe qui risquait peu de se défendre.

Iconographie

Webographie

  1. YouTube (la peste noire sur la chaîne Asclepios)
  2. Wikipedia (le mythe de l’empoisonnement des puits par les juifs)
  3. Wikipedia (article sur le Pogrom de Strasbourg)
  4. theatlantic.com (Photos du tremblement de terre de 1923)
  5. Persee.fr (Une nuit de terreur par Insung Sô, témoignage d’un coréen au Japon)
  6. Persee.fr (L’affaire du massacre des coréens, article de Sakuzô Yoshino)
  7. Youtube (archive Pathé anglaise sur le tremblement de terre japonais de 1923)

Bibliographie

  1. Monique Lucenet, Les grandes pestes en France, Ed. Aubier Montaigne, 1985, 284p.
  2. Alain Delissen, D’un post-scriptum tokyote à la mondialisation du macabre dans Le Massacre, objet d’histoire, Gallimard, 2005, p.333-350

Musique

Sonata in F Major de Georg Friedrich Haendel interprété par le Telemann Trio.